À propos du film « Juste la fin du monde »

Compte rendu des échanges tenus lors de la ciné rencontre du 27 octobre 2016

juste-la-fin-du-mondeLe tout dernier film de Xavier Dolan, inspiré de la pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce, nous plonge dans le cauchemar d’un jeune homme, Louis, qui revient dans sa famille après plus de douze ans d’absence, pour lui annoncer sa mort éminente.
Malgré le petit nombre de participants lors de la rencontre du groupe à Chemin de vie, les nombreux non-dits du film nous ont quand même fait parler pendant plus de deux heures sans pause ! Nous avons surtout discuté de la tension presque insoutenable entre les deux frères. Difficile de comprendre cette relation amour-haine qui semble se nourrir des relents du passé, quand aucun mot d’explication ne vient éclairer les cinéphiles. Ce passé est-il marqué par la mort du père ? L’homosexualité de Louis ? D’où vient cette terrible animosité d’Antoine pour son frère Louis qui rejaillit sur la sœur cadette, Suzanne, laissée elle aussi dans le doute ? Et la mère, inquiète, rêvant d’une famille réunie et qui pressent que son fils ne reviendra pas — bien qu’elle lui dise ne pas le comprendre mais l’aimer de tout son cœur, — devine-t-elle qu’il va mourir ? Autant de questions qui demeurent sans réponses. Or, à travers les très gros plans où se faufilent tantôt l’amour blessé, tantôt la peur, tantôt la déception, souvent la colère, les répliques et les monologues lancés par cette famille dysfonctionnelle bouillonnent de messages. Chacun de notre groupe y est allé de ses propres impressions et interprétations.
Le personnage de la mère qui essaie, tant bien que mal, de rétablir le contact — a-t-il jamais existé ? — entre ses deux fils, Antoine et Louis, quitte à demander à ce dernier de mentir, nous a beaucoup touchés ; tout comme celui de Suzanne qui fume sa frustration cigarette après cigarette. À travers cette thématique, omniprésente dans l’œuvre de Dolan, nous avons évoqué nos familles respectives en les comparant à celle du film. Puis, un parallèle a été fait avec la parabole de l’Enfant prodigue. Le festin que prépare la mère pour fêter le retour de Louis rend-t-il Antoine jaloux ou s’il y a d’autres raisons cachées provoquant la réaction du frère aîné qui se ferme à l’écoute et au dialogue avec lui, jusqu’à le pousser hors de table, le poing en l’air ? Devant une telle débâcle, on ose à peine imaginer le drame que vivra cette famille, le jour où elle apprendra finalement la mort de Louis.
Seul petit baume sur la douleur du jeune homme, la belle-sœur, Catherine, en qui il trouve un alter ego. Un être comme lui, démuni, fragile et solitaire. À quelques jours de la Toussaint, dans une distribution éblouissante, un film sur le bilan d’une vie, sur le désir de faire la paix. Quel beau moment entre les participants ! Le respect étant au rendez-vous, contrairement au scénario, les échanges furent très nourrissants.
Anne-Marie Labelle
6 novembre 2o16

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