Amin Maalouf, « Les identités meurtrières »

Quelques réflexions suite à la tuerie
à la mosquée de Québec…

Depuis le début de janvier, j’avais repris ma lecture du livre d’Amin Maalouf  « Les identités meurtrières ». Il me semblait que la réflexion de Maalouf était toujours pertinente pour bien des situations et questions de notre vie en société. Et cet évènement de Québec m’a encouragée dans cette opinion. Amin Maalouf est né au Liban, il est arrivé en France en 1976, il est de langue maternelle arabe et il écrit en français! Je continue ma lecture et mes réflexions et je partage des citations de cet auteur, toutes tirées du même livre. Peut-être vous donneront-elles le gout de lire tout le livre!

« Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c’est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C’est précisément cela qui définit mon identité » (p.7)

« Moitié français, donc, et moitié libanais? Pas du tout! L’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitiés, ni par tiers, ni par plages cloisonnées. Je n’ai pas plusieurs entités, j’en ai une seule, faite de tous les éléments qui l’ont façonnée, selon un dosage particulier qui n’est jamais le même d’une personne à l’autre.» (p.8)

« L’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence. » (p. 31)

« Tant il est vrai que ce qui détermine l’appartenance d’une personne à un groupe donné, c’est essentiellement l’influence d’autrui : l’influence des proches –  parents, compatriotes, coreligionnaires –  qui cherchent à se l’approprier et ceux d’en face qui s’emploient à l’exclure (…) il ne se contente pas de prendre conscience de son identité, il l’acquiert pas à pas. » (p.33)

« L’identité d’une personne n’est pas une juxtaposition d’appartenances autonomes, ce n’est pas un « patch work », c’est un dessin sur une peau tendue ; qu’une seule appartenance soit touchée, et c’est toute la personne qui vibre. » (p.34)

« Dès lors qu’on conçoit son identité comme étant faite d’appartenances multiples, certaines liées à une histoire ethnique et d’autres pas, certaines liées à une tradition religieuse et d’autres pas, dès lors que l’on voit en soi-même, es ses propres origines, en sa trajectoire, divers confluents, diverses contributions, divers métissages, diverses influences subtiles et contradictoires, un rapport différent se crée aves les autres, comme avec sa propre « tribu ». Il n’y a plus simplement « nous » et « eux » –  deux armées en ordre de bataille qui se préparent au prochain affrontement, à la prochaine revanche. Il y a désormais, de « notre » côté, des personnes avec lesquelles je n’ai finalement que très peu de choses en commun, et il y a, de « leur » côté des personnes dont je peux me sentir extrêmement proche. (p.40)

« Nous sommes tous contraints de vivre dans un univers qui ne ressemble guère à notre territoire d’origine; nous devons tous apprendre d’autres langues, d’autres langages, d’autres codes; et nous avons tous l’impression que notre identité, telle que nous l’imaginions depuis notre enfance, est menacée. (…) Aussi le statut du migrant n’est-il plus seulement celui de personnes arrachées à leur milieu nourricier, il a acquis valeur exemplaire. » (p.47)

« Pour les uns et les autres, j’insiste. Il y a constamment, dans l’approche qui est la mienne une exigence de réciprocité –  qui est à la fois souci d’équité et souci d’efficacité. C’est dans cet esprit que j’aurais envie de dire, « aux uns » d’abord : « plus vous vous imprègnerez de la culture du pays d’accueil, plus vous pourrez l’imprégner de la vôtre »; puis « aux autres » : « Plus un immigré sentira sa culture d’origine respectée, plus il s’ouvrira à la culture du pays d’accueil. » (p.51)

« Le maitre mot, ici encore, est réciprocité : si j’adhère à mon pays d’adoption, si je le considère mien, si j’estime qu’il fait désormais partie de moi et que je fais partie de lui, et si j’agis en conséquence, alors je suis en droit de critiquer chacun de ses aspects; parallèlement, si ce pays me respecte, s’il reconnait mon apport, s’il me considère, avec mes particularités, comme faisant désormais partie de lui, alors il est en droit de refuser certains aspects de ma culture qui pourraient être incompatible avec son mode de vie ou avec l’esprit de ses institutions. » (p.52)

« Le XXe siècle nous aura appris qu’aucune doctrine n’est par elle-même, nécessairement libératrice, toutes peuvent déraper, toutes peuvent être perverties, toutes ont du sang sur les mains, le communisme, le libéralisme, le nationalisme, chacune des grandes religions, et même la laïcité. Personne n’a le monopole du fanatisme et personne n’a à l’inverse, le monopole de l’humain. » (p.62)

« Pourquoi serions-nous moins attentifs à la diversité des cultures humaines qu’à la diversité des espèces animales ou végétales? Notre volonté si légitime de préserver notre environnement ne devrait-il pas s’étendre aussi à l’environnement humain? Du point de vue de la nature comme celui de la culture, notre planète serait bien triste s’il n’y avait plus que les espèces « utiles » et quelques autres qui nous paraissent « décoratives » ou qui ont acquis valeur symbolique. » (p.151 »

Céline Yelle
février 2017

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