Éric-Emmanuel Schmitt, « La nuit de feu »

Éric-Emmanuel SchmidtÉric-Emmanuel Schmitt est un écrivain connu : ses pièces de théâtre, essais et romans ont beaucoup de succès. Il n’hésite pas à se dire croyant; ce qui est plutôt rare chez les écrivains aujourd’hui. Plusieurs fois, il a parlé brièvement de la nuit où il s’est converti. Mais il ne la décrivait jamais de façon détaillée « parce que, écrit-il, il n’avait pas les mots pour le faire ». Vingt cinq ans plus tard, il est prêt et la raconte pour la première fois dans un livre, La nuit de feu, paru chez Albin Michel en 2015.

Éric a alors 28 ans et est incroyant. Il enseigne la philosophie et commence à écrire. Un réalisateur décide de tourner un film sur Charles de Foucauld et lui demande d’en rédiger le scénario. Pour préparer le tournage, le cinéaste décide de visiter les lieux où Foucauld a vécu dans le Sahara algérien et invite Éric à l’accompagner.

Après avoir visité les lieux où Foucauld a vécu àTamanrasset, ils se joignent à un groupe de touristes pour une expédition de dix jours dans le désert. Conduits par un guide touareg, ils iront, à pied , dormant au grand air, explorer l’Atakor, région montagneuse aux paysages spectaculaires, où Foucauld s’était fait construire un ermitage.

Au cours de l’expédition, Éric échange avec Ségolène, une compagne de voyage, qui est croyante. Elle lui parle de «cette question de Dieu qui nous habite tous». Lui : « L’homme cherche Dieu. Ce qui m’aurait ébranlé aurait été que Dieu cherche l’homme, que Dieu me poursuive … Or cela, je ne l’avais jamais vu … Au contraire de ce qu’insinuait Ségolène, je n’étais pas en quête de Dieu. Je me dressai sur mes pieds et fixai les alentours en ressentant leur immense vacuité. « Et s’il me cherche, qu’il me trouve! » terminai-je à voix haute, en défiant les montagnes…. À cet instant, comment aurais-je pu imaginer que Dieu m’entendait et qu’il répondrait quelques jours plus tard? » (p. 101-103)
mont TahatLe groupe fait l’ascension du Tahat, le plus haut sommet de la région, culminant à 3,000 mètres. À la descente, enivré par le panorama, Éric s’éloigne du groupe, s’égare et se retrouve du côté opposé de la montagne. Il est perdu. Le soir tombe, il fait froid. Lui n’a que des vêtements légers, pas de nourriture, quelques gorgées d’eau. Il se met à l’abri du vent et s’enfouit dans le sable pour se préserver du froid. Il prend conscience qu’il risque de mourir.

Et alors, l’inattendu se produit. Au lieu d’être effrayé, une paix l’envahit…, une force le pénètre … il est habité par une présence amicale avec laquelle il ne fait qu’un… Il vit une expérience qui lui paraît se prolonger longtemps durant la nuit et qu’il décrit ainsi : « Feu! Soleil ardent. je brûle, je fusionne, je perds mes limites, j’entre dans le foyer. Feu … » (p. 135).

Le lendemain, il se lève et fait le trajet à rebours. Escaladant de nouveau la montagne, puis la redescendant de l’autre côté; il parvient à retrouver le campement et ses compagnons qui le cherchent, très inquiets. Quand il leur raconte son aventure, par pudeur ou par crainte de ne pas être cru, il ne parle pas de la rencontre étonnante qu’il a faite.

Pourtant, il n’est plus le même. Un soir, il voit Abayghur, le guide musulman avec qui il s’est lié d’amitié, se retirer à l’écart, étendre son tapis et prier. Éric l’imite : il s’agenouille et, pour la première fois, gêné, timide, ne sachant pas comment faire, il se met à prier.

C’est cette expédition de quelques jours sur les traces de Foucauld qu’Éric raconte dans son livre, passionnant et très bien écrit. Les termes qu’il utilise pour décrire la rencontre inouïe faite dans la montagne rappellent le fameux Mémorial où Pascal rend compte d’une expérience mystique semblable qu’il a connue durant la nuit du 23 novembre 1654; les deux emploient le mot « Feu »!

C’est cette image qu’Éric a retenu comme titre de son récit : La nuit de feu, nuit qui a changé sa vie, comme il l’écrit à la fin de son livre : « Une nuit sur terre m’a mis en joie pour l’existence entière. Une nuit sur terre m’a fait pressentir l’éternité. Tout commence. »

Clément Farly
7 janvier 2016

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2 commentaires sur “Éric-Emmanuel Schmitt, « La nuit de feu »”

  1. Céline Yelle

    Merci Clément pour ce résumé du livre de Éric-Emmanuel Schmitt.
    Ton texte confirme mon intérêt à lire prochainement ce livre! J’aime bien comment tu fais ressortir l’image du feu comme expression d’une expérience mystique. Le titre associe la nuit et le feu, deux images fortes!
    Merci.

    #884
  2. Denise Bellefleur

    Bonjour Clément,
    Je viens moi aussi de terminer la lecture de ce récit de voyage qui raconte « la sollicitation de l’invisible, cadeau avec lequel chacun doit se débrouiller ». (p.179) Comme il est difficile d’exprimer ce que l’on vit dans une expérience spirituelle intense, je trouve ce témoignage très parlant.
    J’aimerais ajouter combien l’épilogue du livre aussi est intéressant. Schmittt s’y définit comme « agnostique croyant », car dit-il, nous sommes tous agnostiques, personne ne peut expliquer rationnellement ni l’existence ni la non-existence de Dieu, nous sommes tous frères dans cette ignorance. Mais ce qui distingue pour lui le croyant en l’existence de Dieu, c’est qu’il dit « je ne sais pas, mais je crois que oui », alors que l’incroyant dit  » je ne sais pas mais je crois que non » et que l’indifférent dit « je ne sais pas et je m’en moque ».
    « La confiance du croyant offre une façon d’habiter le mystère ».
    Longue vie à Chemins de vie.
    Denise Bellefleur

    #882