« Intouchables »

Notre réunion du 14 mars s’est déroulée d’une manière réflexive et rafraîchissante, comme si les réactions diverses envers le film nous prédisposaient d’avance à vivre une bonne rencontre intéressante. L’approche de Chemins de vie fait avancer le groupe dans un partage mettant l’accent sur notre vécu et sur la signification qu’on en reçoit.

Le premier tour de table campait déjà les points importants qui allaient dégager nos différences, quant au vécu personnel et ensuite pour interpréter le drôle et le pas drôle du film. Le drame à l’écran est en effet joué comme une comédie toute en nuances. Par le climat d’écoute de notre partage, peu à peu l’attention du groupe s’installait sur l’intériorité, tant à l’écran que dans nos vies respectives.

Il fallait se discipliner pour ne pas aller trop vite dans l’approfondissement; d’autant plus que le livre relatant les faits réels à la base du film avait été lu par une des nôtres et était justement là, sur la table, nous attirant vers « la réalité »… C’aurait été une déviation de passer immédiatement le flambeau au contenu de ce livre(*).

À plusieurs reprises, et venant de l’un et de l’autre du groupe, nous effleurions un point sensible (différent pour chacun) où le tolérable peut devenir intolérable. La grâce du rire peut alors toucher aux larmes sèches qui nous rendent intouchables. Mentionnons seulement le mot recadrage utilisé à différents moments du film, puis les frasques de l’aidant naturel qui ose montrer qu’il ne joue pas dans la pitié. Quelle audace ces deux-là ont-ils pour se rentrer l’un dans l’autre!!!

Le film offre un cachet d’authenticité qui ne nous a pas échappé, malgré l’aspect caricatural des oppositions (de culture, de sensibilité, de rapport à la femme, de tricherie de toutes sortes). Il semble que, à tout propos, se dressait un discernement très juste entre ce qui se fait et ce qui ne se fait pas selon qu’on a du tact ou pas. Nous aurions pu donner des exemples nombreux sur la symbolique de l’œuf volé, du vol non avoué, de l’œuf perdu, de l’œuf retrouvé puis récupéré, et finalement de l’œuf délicatement remis au propriétaire.

Peut-être avons-nous eu, lors de cette rencontre d’échange sur ce film, une clé en or pour briser le phénomène des castes en Inde et donner espoir aux intouchables, encore aujourd’hui les parias de nos sociétés dites développées. Mais le plus beau de l’affaire est que cette clé en or est bien entre nos mains.

Gilles Guérard / 15 mars 2013

 (*) Philippe Pozzo di Borgo, Le second souffle, Bayard 2011,(disponible à la bibliothèque de Longueuil)

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