Qui de nous deux?

Denise Bellefleur-Raymond a lu pour nous le dernier livre de Gilles Archambault.

Croyez-vous que l’amour entre deux êtres puisse durer longtemps et perdurer par-delà la mort de l’un des deux? Si oui, vous lirez avec intérêt le dernier et touchant livre de Gilles Archambault intitulé Qui de nous deux?, publié chez Boréal à la fin de 2011.

Qui de nous deux partira le premier,
Qui de nous deux ira vers les cyprès,
Dormir près du soleil entre les oliviers…

Sur ces paroles d’une chanson de Marc Ogeret s’ouvre le récit de Gilles Archambault sur la fin de vie de Lise, sa compagne, avec qui il a partagé une cinquantaine d’années. Ce journal tenu durant les six mois suivant sa mort nous parle de leur vie de couple avec ses moments de grâce, ses distractions, ses habitudes, ses bouderies, ses silences, ses désirs d’ailleurs, ses égoïsmes, ses souvenirs communs… L’aveu de son amour court les pages : je n’ai jamais oublié que je n’ai commencé à vivre que le jour où je l’ai connue. Et ailleurs : Avant de la rencontrer, je n’étais rien, C’est en sa compagnie, et grâce à elle, que j’ai pu sortir de l’insignifiance. À travers cela, l’évolution de la maladie, l’annonce de la mort arrivée, l’impuissance ressentie quand l’autre atteint une région de l’être à laquelle on ne peut avoir accès. Et l’amputation vécue, la désolation ressentie, l’état de l’homme jamais loin de s’écrouler, le grand désarroi. Le tout fait avec discrétion, retenue, pudeur.

S’interrogeant sur le pourquoi de ce récit, l’auteur semble dire que la raison majeure est de la garder vivante en lui, de maintenir sa présence par-delà sa disparition sensible puisque, dit-il, c’est une partie de moi qui arpente les rues… une moitié d’homme… D’avoir connu ce qui ressemble au bonheur ne vous console pas de l’avoir perdu.

 

Au fil du récit, l’auteur signale plusieurs fois son incroyance et celle de sa femme :

– Je m’adresse à ma femme un peu à la manière des croyants qui s’imaginent que quelqu’un, quelque part au ciel, peut les écouter. L’idée d’une résurrection des corps ne me déplaît pas. Je sais très bien qu’elle est illusoire. Je ne détesterais pas toutefois retrouver Lise dans un ailleurs.

–  Au fond, si je tente de restituer notre aventure, c’est que je m’imagine vraiment qu’elle pourrait en prendre connaissance. La vie éternelle, je n’y crois pas. Il y a toutefois des jours où elle me paraîtrait indispensable.

– Quand elle abordait le sujet de sa mort prochaine, à l’hôpital, Lise disait : –  Je m’avance vers un mur. Si un bénévole ou un médecin employait devant elle le mot de sérénité, elle se rebiffait. Pourquoi voulait-on tant qu’elle accepte avec légèreté une mort qui ne pouvait signifier pour elle que l’entrée dans le néant? le mur?

– Lise avait refusé tout échange avec l’aumônier chargé de lui apporter ce qu’ils appellent dans sa caste, les consolations de la religion. –  Des bouffons, tous, disait-elle.

– J’ai déjà pris l’habitude de m’imaginer que Lise surveille mes gestes, qu’elle s’amuse de certains d’entre eux. Au fond, je me comporte comme si je croyais qu’elle m’observe. Elle se pencherait sur moi, veillerait sur ma destinée. Je réagis tout à fait comme un croyant. Il ne serait peut-être pas mauvais qu’il en soit ainsi. À ma façon, je suis un croyant.

Un incroyant qui regrette de ne pas croire!!! Et c’est la vie de survivant qui s’installe!

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