L’année de la pensée magique

Denise Bellefleur Raymond a lu pour nous le livre suivant.

Les expériences intenses, compliquées et presque maladives de deuil vous intéressent-elles? Alors vous lirez avec intérêt un livre de Joan Didion intitulé L’année de la pensée magique, publié chez Grasset, traduction française, 2007.

L’auteure nous fait le récit de la perte subite de son mari victime d’une crise cardiaque foudroyante, un soir ordinaire de décembre à New York alors que le couple s’apprête à manger comme à son habitude.  « On s’apprête à dîner et la vie telle qu’on la connaît s’arrête. En l’espace d’un battement de cœur. Ou de l’absence de battement ».

Cette perte arrive au moment où déjà le couple est consterné par la maladie de leur unique fille qui a dégénéré en infection généralisée et est plongée dans le coma; leur fille n’apprendra la mort de son père qu’une vingtaine de jours plus tard. Les funérailles n’auront pas lieu avant qu’elle soit capable d’y assister, trois mois plus tard. Cette double épreuve ébranle fortement Joan Didier qui nous relate la crise existentielle qu’elle a traversée à ce moment, l’affliction qui se manifeste par vagues soudaines de détresse et qui peut faire vaciller la raison.

Joan Didier croit devenir folle, se remémorant avec obsession chaque instant de leur longue vie commune, essayant de retrouver ce qu’il était en train de faire à la même date l’année précédente, évitant les restaurants, les maisons, les endroits où ils avaient vécu et conservant des objets lui ayant appartenu (comme ses souliers car, quand il va revenir, il va en avoir besoin, se convainc-t-elle).  « Revenir en arrière est le meilleur moyen de se laisser submerger. » Sa pensée devient magique pour le garder en vie et le sentir vivre avec elle comme avant, car ils étaient deux personnes très liées, vivant et travaillant presque continuellement ensemble à cause de leur même métier d’écrivain.

Ce deuil difficile est accentué par un nouvel événement : une chute de sa fille qui aboutit à une hémorragie au cerveau avec ses lourdes conséquences. Nouvelle hospitalisation, nouvelles incertitudes, nouvelles confrontations à la douleur! Elle doit faire face à cette douleur ce qui est une grosse partie du travail du deuil et qui remet en question les croyances religieuses. Elle apprend peu à peu « à faire face à l’absence infinie qui s’ensuit, au vide, l’exact opposé du sens, la succession interminable de ces moments où nous sommes confrontés au contraire même du sens à l’absurdité ».

C’est un récit qui décrit avec minutie les détails de la vie commune passée, montrant bien le choc, l’apitoiement de l’endeuillée qui ne peut se résoudre à croire à l’événement subit, qui en recherche à rebours les signes annonciateurs, qui ne peut s’appuyer sur sa fille elle-même en période de grande détresse, qui s’efforce de croire que cela n’est pas. Elle dissèque la sécheresse du cœur, l’incompréhension de cette expérience universelle qui sera la nôtre un jour ou l’autre ou qui l’est déjà : la perte à jamais d’un être aimé et la résistance qu’on peut apposer à cette douleur proche de la folie.

Son récit est pratiquement considéré comme un classique de la littérature sur le deuil, peut-on lire sur la quatrième de couverture. Si l’aller-retour entre la vie et la mort vous intéresse, ce livre est pour vous.

Encouragez-nous et faites un don dès aujourd'hui !faire un don