J’aime cette Église imparfaite et parfaite

Céline Thériault Deschênes fait partie de l’équipe de Chemins de vie. Dans le numéro de mars 2015 de la revue « Prêtre et Pasteur », elle a écrit un article où elle dit pourquoi elle choisit de demeurer dans l’Église malgré ses faiblesses et ses limites, et de continuer à l’aimer et à s’y impliquer…

Voici les différents constats qui me font choisir de demeurer, d’être fidèle à l’Église et de l’aimer malgré ses limites et ses faiblesses. Voici aussi mes souhaits et mes inquiétudes, et surtout mes espérances.
Je porte en moi une religion de charité et d’amour, de douceur de pardon que j’ai eu la chance de recevoir de mes parents; j’ai très peu connu malgré mes 69 ans cette religion de peur dont on parle. Donc pour moi l’Église à toujours été plus près de l’Évangile que des structures. Malgré tout cela j’ai eu des périodes de distance par rapport à elle. D’abord, le temps de fonder une famille, je fus entrainée dans le train-train de la vie que la majorité des jeunes familles d’aujourd’hui connaissent et vivent elles aussi par le manque de temps, car la liste de leurs activités et les performances parentales se sont accentuées. Pour moi, à cette période, je disposais de peu de temps et j’en ai aussi pris peu pour vivre ma foi, je peux également dire que je m`y désintéressais progressivement. Cependant lorsque je me suis impliquée à l’accompagnement de mes enfants pour leurs premiers sacrements, je me suis beaucoup questionnée sur mon retour et sur l’appel que je ressentais; j’avais besoin de comprendre les raisons entre cette distance, ma présence ultérieure et ce retour. La parole de saint Augustin m’habitait et me questionnait: « Tu étais au-dedans de moi, et j’étais, moi, en dehors de moi-même. Et c’est dehors que je te cherchais ». J’avais besoin de comprendre avant de me mouiller à nouveau. Il y eut aussi d’autres courtes périodes de remise en question, entre autres lors de la fermeture de plusieurs petites communautés chrétiennes à taille humaine; ces événements m’ont fait prendre – ainsi qu’à d’autres paroissiens – un temps de recul, afin de faire le deuil de notre lieu d’appartenance et d’implication.

Des témoins m’interpellent «JE CROIS », je m’implique et je me ressource

Comme dans la chanson de Robert Lebel : « je voudrais qu’en vous voyant vivre », des témoins de la foi, des chrétiens modèles m’ont interpellée et aidée à garder le cap. Comme je crois en une Église féconde, créatrice, une Église porteuse d’ambiance humaine, je crois aussi qu’il appartient à chacun de nous – les baptisés qui sommes Église – de participer et de nommer les changements souhaités, en quelque sorte être des GPS de foi pour les autres.
Pour ma part, à elle seule la participation aux messes dominicales ne me stimule pas et ne nourrit pas suffisamment ma quête de foi et de questionnements. J’ai donc été interpellée par la communauté des religieux de St-Vincent de Paul dont je suis devenue associée depuis une vingtaine d’année. Cette communauté, dont le charisme principal est la charité, rejoint ma croyance et mon goût de faire Église par la charité. C’est d’ailleurs l’appel le plus profond qui est inscrit en moi pour cette Église qui porte un Évangile de communion aux différents visages humains.
Les fondateurs de cette communauté ont connu eux aussi une Église dans laquelle des vérités de foi ont été mises en doute et fortement discutées. À cette époque, les critiques envers l’institution ecclésiastique et sa hiérarchie étaient aussi présentes. Vincent de Paul opta pour une Église qui se rapproche de la charité, cette charité qui parle des petits de l’Évangile. J’y retrouve un lieu d’expérience de la prière en cœur à cœur avec Dieu. Par cet engagement comme associée à cette communauté, ma fidélité à l’Église y est a nouveau confirmée. De plus, ma conviction est que la vocation de l’Église – qui est charité – est d’accompagner les croyants et tous les chercheurs de spiritualité, d’être attentive à leur histoire de vie et aux réponses qu’ils ont à nous donner; pour ces raisons, j’anime et je participe aux activités de l’organisme Chemins de vie à Longueuil. Cet organisme, qui est reconnu par le diocèse, existe depuis 2003. Il propose une autre forme d’Église, une Église terrain, où des personnes qui ne trouvent pas place dans les structures traditionnelles, se sentent accueillies sans discrimination de race, de sexe, de pensée religieuse ou de statut en marge de la société. L’organisme Chemins de vie s’est doté de la mission d’apporter un soutien aux personnes qui souhaitent mener sur de nouvelles bases une démarche de recherche et de croissance spirituelle. Il accueille donc et accompagne ces personnes en leur permettant de faire le point sur leur vie, de poser des questions, de partager leurs recherches avec des pairs. Plusieurs attentes dans ce sens ont vu jour, allant de l’accompagnement spirituel aux ateliers, groupes de partages et célébrations. Il accueille ces personnes sans jugement, sans prosélytisme, en résistant au besoin de remplir nos églises. Il le fait tout simplement en marchant respectueusement à leur rythme et selon leurs histoires de vie diversifiées. Un constat intéressant en ressort: ces personnes ont leur place même s’il y en a qui sont plus ou moins intéressées ou ne sentent plus leur place dans les communautés chrétiennes. Cela est pour moi une autre raison qui motive mon amour, ma fidélité à cette Église, cette mal-aimée, et cette mal-connue qui tente de demeurer créative pour que l’Évangile se vive à la manière de Jésus. Pour moi cette Église ose et court quelques risques pour secourir ceux qui sont dans la peine, ceux qui se sentent exclus, blessés par une institution-Église qui, dans ses structures accueille avec discrimination; qu’on pense aux divorcés remariés, aux couples de même sexe, à l’accès des femmes à la prêtrise, au mariage des prêtres, à la place des femmes dans les décisions ecclésiales, à la limitation des naissances… et autres. Par ailleurs, la majorité des paroisses accueillent les gens comme on le fait à Chemins de vie, mais les limites qui viennent de l’Église hiérarchique coupent souvent les élans des intervenants qui s’y trouvent et qui se doivent de respecter les structures établies en Église.
Cet Église qui ose et est créative actualise cette parole du Pape François « Je désire demander spécialement au chrétiens de toutes les communautés du monde un témoignage de communion fraternelle qui devienne attrayant et lumineux. Que tous puissent admirer comment vous prenez soin les uns des autres, comment vous vous encouragez mutuellement et comment vous vous accompagnez».

J’aime cette Église qui me garde en communion avec mes frères et mes sœurs

Le pape François nous dit qu’il est nécessaire de sortir de son propre confort, il ose l’Évangile par ses prises de parole, il se compromet. Pourra t-il garder ses buts visés? Est-ce que les cardinaux et les protocoles du Vatican sauront entraver ses idéaux? Il a déjà opté pour une charité audacieuse lorsqu’en 2003, il a vendu son spacieux archevêché de Buenos Aires au profit des pauvres, puis il s’est loué un appartement dans un bidonville. Il voulait être prêt des gens et utilisait le transport en commun.
Depuis 2000 ans, l’Église change. Elle continue à faire des pas. Ce ne sont pas de grandes enjambées; plutôt des petits pas, un à la fois. Il y a eu de grand temps de réflexions où l’Église nous a donné l’impression de ne plus avancer. Sans ignorer l’élan donné à l’Église par Jean-Paul II, je considère que, par son charisme, le Pape François rejoint d’une manière éminente ce qui se vit à la base dans nos paroisses et dans les différents regroupements de réflexion de foi: la charité. Cette charité qui reconnaît toute la grandeur de l’existence humaine, dans les différents secteurs de la vie sociale, et dans toutes les cultures.
C’est en marchant lentement et surtout en marchant avec les gens que l’Évangile et l’Église porteront la lumière. Il ne faut pas banaliser les structures; elles sont essentielles. J’aime me référer aux couples, à la famille, au travail et aux différentes instances gouvernementales. Il est clair que des encadrements leur sont indispensables; ils les sécurisent. Mais à une condition: que l’amour et le bien être humain en soient la source et le résultat.
« L’Évangile en est cette source ». Tous ces constats que je fais me confirment et me rassurent dans ma foi. De plus, je sais que l’Église n’a pas à suivre tout ce que la société prône. Au long des siècles, la société a vécu des tensions de toutes sortes qui se répercutent à l’intérieur de l’Église, qui est dans le monde comme le monde est en elle.
Faut-il blâmer juste l’Église? Qu’avons-nous à faire? Osons réagir dans les structures qui nous dérangent. On entend régulièrement des commentaires souvent injustifiés concernant Dieu et l’Église qui ont fait ou dit ceci et cela. « Tous ensemble, il me semble qu’on pourrait changer le monde par des gestes d’amour »; cette chanson de Catherine Lara me parle de foi et d’amour.
J’aime et j’ai besoin d’être en contact avec d’autres croyants pour vivre et dire ma foi. Je peux le vérifier lors des célébrations eucharistiques, dans le vécu de la mission de Chemins de vie, dans ma vie d’associée aux Religieux de Saint-Vincent-de-Paul, dans l’expérience de ma vie de couple et familiale. Je l’ai fait aussi lors de ma présence à l’audience papale l’été dernier à Rome où des milliers de pèlerins de tous âges priaient, chantaient et accueillaient le pape avec ferveur. Tous ces rassemblements stimulent ma créativité spirituelle, m’apportent du ressourcement et me permettent de mieux rencontrer Dieu.

Je suis émerveillée et rassurée, je prends parole et je questionne

L’ONU à décrété l’année 2015 année internationale de la lumière. Mon souhait en cette année est que l’Église avec l’élan de l’Esprit trouve des moyens créatifs et féconds pour faire briller la lumière de l’Évangile afin que nous devenions des ponts entre Dieu et les humains. Ouvrons-nous à cette capacité de dire et de vivre notre foi, humblement en toute simplicité. Prenons la parole quand l’Église est pointée du doigt sur différentes pauvretés.
Finalement y a t-il besoin de tous les rituels des célébrations eucharistiques? Est-il possible de faire autrement ou différemment pour une meilleure compréhension et communion entre les croyants? C’est présentement la question que je porte et que j’ose poser, comment oser l’essentiel? Jésus a lui-même brusqué les structures à son époque avec la Samaritaine, Marie Madeleine, au temple, lors de guérisons le jour du Sabbat. Oui l’Église catholique est dans une crise de désespérance, de souffrance et à travers cette crise Elle nous invite à entendre les vraies souffrances du monde d’aujourd’hui, à être attentifs à l’histoire de vie de chacun, à parler et toucher le cœur des humains. Le pape François nous y invite en nous disant que « l’amour est le seul chemin pour connaître l’Évangile », que « l’Esprit Saint travaille en nous pour nous libérer de l’isolement, du matérialisme et de nous ouvrir à l’autre à la communion fraternelle ».
Malgré tous ces énoncés sur les limites et les faiblesses de notre Église et surtout à cause des efforts constants de témoins engagés dans leur foi auprès des autres, je continue à admirer, à aimer cette Église qui garde sa lampe allumée.

J’aime cette Église qui fait jaillir la lumière de l’Évangile

L’Église a pour mission d’être accoucheuse de Jésus Christ! Jésus Christ recommence à vivre lorsque dans ses structures l’Église nous montre le vécu d’une Église non pas hiérarchique mais plutôt un ensemble de personnes, pape, évêques, prêtres, laïcs (hommes et femmes) qui se complètent dans l’amour et la charité. Thérèse de Lisieux disait « J’ai compris que l’Église avait un Cœur et que ce Cœur était brûlant d’amour«  Je l’ai aussi expérimenté à maintes reprises lorsque l’Église se fait charité, amour pour les petits, les pauvres , lorsqu’Elle fait des pas et ose défaire des liens opprimants, lorsqu’Elle permet et s’implique même à la mise sur pieds d’organismes ou d’associations pour aller vers, pour marcher avec. L’Église m’interpelle et je suis fière lorsqu’Elle prend parole dans les médias, où dans des forums de discussions où elle est bafouée, jugée de l’extérieur et que son mystère profond est oublié, incompris. Elle m’édifie lorsqu’Elle prend parole pour reconnaître ses erreurs et de ce fait présenter au monde une Église sainte composée de pécheurs. L’exemple que j’en fais: lorsque l’on connaît le cœur d’une personne qu’on aime, que ce soit un époux une épouse, nos enfants, nos amis, et qu’un écart de conduite est commis, une critique faite avec amour et au bon moment s’impose. Cet amour ne nous pousse-t-il pas aussi à intercéder avec fougue lorsqu’ils sont injustement traités. J’aime cette Église parfaite et imparfaite qui est née de Jésus Christ et des humains, cette Église qui est avant tout communion dans la foi, l’amour, la bienveillance et le dévouement. J’aime par-dessus tout rencontrer en Église ce Dieu de Jésus Christ qui ne fait pas de bruit mais qui est de façon bouleversante toujours là. Elle nous conduit vers la personne humaine dans toute sa dignité. J’aime mon Église, j’y crois, je veux continuer à prendre parti pour elle, à mieux la connaître, à m’y impliquer et en n’ayant pas peur de la faire connaître.

J’aime cette Église imparfaite et parfaite.

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