Jardinage et environnement

Mon témoignage sur le jardinage et l’environnement

Le dimanche 15 mai 2016, à Chemins de vie, c’était une rencontre  intitulée « Comme on fait son jardin au début de l’été … » qui  se voulait une invitation à préparer notre jardin intérieur à l’émerveillement et à la gratuité manifestée dans la nature qui s’épanouit. À cette occasion, Audrey Saldanha Gauthier a été invitée à témoigner de son expérience en jardinage et de son intérêt pour l’environnement.

On m’a demandé de vous parler de mon intérêt pour le jardinage ; je dois dire d’abord que ce sont des circonstances particulières qui m’ont éveillée à cette activité : pour une fille élevée à Karachi, une ville au Pakistan qui se situe au bord d’un désert, la verdure était plutôt rare….

Peut-être pour cette raison, le Canada, ce pays lointain qui n’était composé, dans mon imaginaire, que de forêts et de lacs, représentait un idéal quasi inaccessible.  Et pourtant, je me suis trouvée au Québec, comme immigrante, à l’âge de 15 ans. J’adorais vivre à Montréal—l’été !  L’hiver…après la merveille initiale de découvrir la neige…pas mal moins !  A vrai dire, si j’avais pu me fermer les yeux en octobre, et les rouvrir en mai, cela m’aurait bien arrangée !

Je me suis mariée avec un Québécois, pour qui un hiver sans neige serait la déprime; alors j’ai commencé à percevoir autrement la nature québécoise. Mon mari, Fernand, s’est trouvé un emploi à Trois-Rivières, alors que moi, fraîchement diplômée en Service Social à l’Université McGill, et ne pouvant qu’à peine baragouiner le français, je ne pouvais espérer trouver un emploi ailleurs qu’à Montréal.  Nous avons cherché alors une maison entre Trois-Rivières et Montréal, et comme plusieurs de nos amis des années soixante-dix, la vie en campagne nous a attirés.  Nous avons eu la chance durant ces années-là de trouver des vieilles maisons québécoises à notre portée, et des terres en milieu agricole—c’était avant la loi sur la Protection des Terres Agricoles.  C’est alors que nous avons acquis une maison, avec 6 arpents de terre, au bord de la rivière l’Achigan, dans la belle région de Lanaudière.

Il y a le rêve et il y a la réalité. C’était bien beau de vivre en campagne— j’avais trouvé un emploi en milieu scolaire au village même de St-Roch—mais nous n’avions ni équipement agricole, ni temps, pour nous occuper d’une terre agricole ; Fernand avait travaillé durant son enfance sur la ferme de son grand-père, mais moi, je me trouvais en friche, littéralement.  Et pourtant, je me suis sentie chez moi—encore bien plus que dans ma vie antérieure en ville.  Les grands espaces, la luminosité, la tranquillité, la possibilité de connaître les gens du village, tout cela me plaisait. Les saisons avaient là chacune leur particularité et leur beauté…même l’hiver, qui commençait à être moins long avec mes premiers apprentissages de jardinage : partir des semences, planter un potager.  On s’est vite aperçu des limites de notre terre de glaise et de notre inexpérience : ce fut davantage des récoltes de mauvaises herbes que des légumes! Aussi, fallait-t-il entretenir nos 6 arpents, pour ne pas les laisser en friche ; nous en avons donc laissé l’usage librement aux cultivateurs voisins : ils nous rendaient service, car notre terre était trop petite pour valoir une location.

C’est alors que Fernand a eu l’idée de planter des arbres ; puisque notre terre en pente bordait une rivière, ce qui provoquait l’érosion du sol, nous avons pu profiter d’un programme gouvernemental de protection des berges.  Après l’évaluation d’un agronome du Ministère des Ressources Naturelles, nous avons obtenu 2000 petits arbres (d’un pied de haut), que nous avons plantés dans une—longue—journée : Fernand sur le tracteur d’un de nos voisins, moi sur la planteuse en arrière ; nous avions des pins blancs, des frênes, des chênes et des épinettes de Norvège.  Très vite, dans les mois qui ont suivi, nous en avons perdu la vue, enterrés par le foin qui poussait très vite. Avec beaucoup d’efforts pour trouver et dégager les jeunes pousses, nous avons fini par les voir percer et, après 6 ou 7 ans, par les voir grandir.

A travers ces années d’expérience et de vie, j’ai pris conscience des multiples bénéfices de l’écologie, même s’il n’y avait peu de naturel dans notre affaire; nous ne savions pas quel type d’arbre ou de végétation existaient sur ces terres avant d’être défrichées et cultivées pendant de nombreuses générations. Mais, curieusement, une fois que nos arbres ont commencé à prendre de l’ampleur, la flore et la faune ont changé : nous avons vu arriver des variétés d’oiseaux, des petits animaux, des fougères, des trilles, un sous-bois riche et humide, etc. Des microclimats se sont développés. Le jardinage était alors devenu pour moi une vraie passion, ce qui m’a permis d’aménager en plus du potager, un grand jardin de fleurs et de vivaces, une rocaille et des arbustes, le tout pour les formes, les couleurs, les oiseaux, et notre plus grand plaisir.  C’était une activité qui m’occupait 10 mois de l’année, et qui me permettait de rester en bonne santé physique et mentale. Ça m’amenait à apprécier toute la bonté de la nature, et de voir l’hiver comme une belle saison de repos, plutôt qu’une saison morte à éviter; c’est de voir la vie en changement continuel, au gré des saisons, mais en étant soi-même une participante active à mouler ces changements ; c’est un apprentissage qui ne finit jamais, car le champ est si immense et varié—on ne s’ennuie jamais !   Vivre dans un jardin, c’est pouvoir respirer de tous ses sens ; être dans la forêt, c’est se trouver dans une cathédrale vivante.

Enfin, est arrivé le jour où nous avons dû décider de quitter cette vie de campagne, après 35 ans, pour revenir vivre en ville.  Nous avons choisi Longueuil, proche des espaces verts du beau parc Michel Chartrand : vous pouvez comprendre pourquoi… !

Par grande chance, j’ai trouvé tout près de mon nouveau chez-moi, un autre jardin, un projet collectif entretenu par des gens soucieux de l’environnement organique, qui avaient transformé un ancien dépotoir en une terre de végétaux, de fleurs et d’arbustes, tout près du beau Boisé Tremblay. Les responsables du jardin ont aussi ajouté d’autres volets à leur projet : des initiatives à la fois agro-alimentaires et éducatives, comme l’élevage de petits animaux, des poules, des cailles, des lapins, et aussi des ruches d’abeilles. J’ai appris que le Projet du Jardin la Métairie était un des programmes offerts par la Croisée, pour favoriser la réinsertion socio-professionnelle. Les responsables du Jardin m’ont accueillie comme bénévole, mais ce sont eux qui me rendaient service beaucoup plus que moi qui les aidait avec ce que je pouvais leur offrir. J’ai récolté bien plus que j’ai donné comme bénévole : je me suis trouvée dans un environnement enchanté, j’ai pu à nouveau travailler avec la terre et les plantes, j’ai pu participer à ce projet d’une grande valeur humaine et écologique, et surtout, j’ai connu des gens très sympathiques dans mon nouveau milieu de vie.  Depuis 1 an, suite aux coupures budgétaires qui ont affligé tant de projets communautaires, le volet de cours en horticulture a été supprimé, ce qui a aussi occasionné la coupure des postes de la plupart des membres du personnel. Malgré tout, et à mon grand soulagement, le projet—renommé le Jardin Solidaire—continue, grâce à quelques subventions qui permettent une coordination essentielle à une entreprise comme celle-là, d’accueillir la participation de gens en réinsertion sociale, ainsi que des bénévoles dont je suis très contente de faire partie1.

Je termine avec deux citations tirées du livre de Pierre Angers et Colette Bouchard, des amis qui m’ont accueillie dans leur beau jardin, et qui m’ont initiée au jardinage :

 « Chacun porte en soi un jardin secret caché quelque part dans un repli de sa conscience. C’est une partie obscure et inexplorée de son être que l’on nourrit de rêves, de désirs et de fantaisies de son imaginaire… » (Pierre Angers et Colette Bouchard : Les Jardins, expression de notre culture, aux Éditions Belle Feuille, 2005, p.13)

« Le jardin est une peinture de paysage… (le jardinier) y revient et poursuit sa vision, en composant avec les plantes un espace de détente où le promeneur, délivré de toute contrainte, éprouve la joie de percevoir et le simple bonheur d’exister. »  (ibid., p.59)

Audrey Saldanha Gauthier,
Longueuil, mai 2016

  1. Le « Jardin Solidaire » est situé au 2640 Chemin du Tremblay, On y vend des fleurs et des légumes à partir du 21 mai.
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