La Bolduc

Denise Bellefleur-Raymond a lu pour nous …

La mission de chacun dans le monde se construit au fil de la vie. Pour La Bolduc, cette mission sera conscientisée progressivement, elle sera de rendre les autres souriants et heureux malgré la pauvreté, les deuils et le chômage. Pour savourer l’histoire de cette grande dame de la musique populaire, lisez La Bolduc. Le violon de mon père, de Marie-Louise Monast, Les éditeurs réunis, 2012.

Ce roman historique relate la vie de Mary Travers, dite La Bolduc, du nom de son mari, Édouard Bolduc. Née à Newport, en Gaspésie à la toute fin du 19è siècle, d’une grande famille, pauvre mais heureuse, dont le père est irlandais et la deuxième épouse, sa mère, canadienne française, Mary est élevée dans la simplicité, le travail, la nature, le bilinguisme, l’entraide et la fête. Son père joue du violon et va le lui enseigner car elle est la seule à s’y intéresser vraiment; sa mère chante aussi en inventant des refrains comiques sur tout ce qui arrive au quotidien. Le climat de la maison est le rire et la dédramatisation des situations angoissantes.

Très jeune, elle part pour Montréal rejoindre sa sœur pour devenir domestique dans une famille riche. Pour se distraire les samedis soirs, elle participe à des veillées dans les sous-sols d’églises, elle y fait valoir ses capacités musicales, rencontre d’autres jeunes, commence à se faire connaître. Mais assez vite, elle prend des risques en laissant sa place de domestique et en devenant couturière dans une manufacture. Puis elle deviendra autonome en décidant d’ouvrir son propre atelier de couture dans sa petite chambre de jeune fille. Elle a des doigts de fée et fait des merveilles. Jusqu’au jour où, faisant de la musique dans ses temps libres, elle rencontre d’abord le frère de son futur mari qui l’aime sans que cela ne soit réciproque, puis elle connaît Édouard, ouvrier à la Dominion Rubber, avec qui elle se mariera à vingt ans.

Elle est d’abord épouse et mère comme il se devait dans le temps, elle aura finalement 4 enfants, elle en perdra trois qui mourront jeunes, et fera au fil des ans 6 fausses couches : situation courante dans cette première moitié du 20e siècle que cette vie des femmes au foyer. Mais Mary ne sera pas que cela. Car la vie amènera la guerre de 14-18 et plus tard la crise de 29. Connue pour ses talents musicaux (violon, harmonica, accordéon, guimbarde, piano) et désireuse d’aider à boucler les fins de mois, elle accepte des petits contrats dans différents endroits, avec la permission de son mari qui voit son aura de pourvoyeur diminué. Face à cette situation, elle devra toute sa vie faire preuve de grande délicatesse pour que l’image de son mari ne soit pas trop affectée par sa décision de faire manger ses quatre enfants et de les loger convenablement alors que sévit une grande pauvreté dans le Montréal d’alors.

Elle compose des chansons sur tous les sujets de la vie quotidienne dans un langage savoureux et reproduit tout haut ce que les petites gens pensaient tout bas de la misère, de la politique, de la maladie… Son contenu de chanson et son habitude de turluter la rendront très populaire. Elle va enregistrer nombre de ses compositions et vendre ses disques. Elle va chanter sur scène et rencontrer nombre d’artistes québécois. Elle fera la tournée des principales villes du Québec, s’absentant de longs temps. Toujours la joie, le rire, la fête sont au rendez-vous. Son unique fils lui en voudra beaucoup de toutes ces absences même si c’est pour faire vivre sa famille.

Au fil de sa vie, elle est donc devenue artiste itinérante. Elle a pu ouvrir un compte de banque à son nom, se soustraire de la tutelle de son mari et gérer son argent seule : c’est sans doute une première pour une femme de cette époque. L’indépendance financière des femmes qu’ont revendiquée les féministes peu après, elle l’a vécue à bout de bras, devrais-je dire à bout de chansons!

Et la religion dans tout ça? Omniprésente. Tant dans le dictat de ne pas se refuser à son mari, de faire des enfants en grand nombre que dans les faits rapportés par Mary : messe presque tous les jours; chapelets en famille ou en couple en français et en anglais; baptêmes des enfants ou de désir; mariages, respect de la volonté de Dieu qui amène pertes, deuils, chômage, guerre…; invocation à la petite Thérèse pour toutes sortes de demandes et de remerciements, entraide, valeur morales, bref soumission à la façon de vivre la religion à son époque. Mais certains passages annoncent l’émancipation à l’égard du religieux : par exemple des jugements critiques sur les condamnations par l’Église du théâtre amateur, des danses jugées dangereuses, des bals, des loisirs, enfin de ce qui fait vivre Mary! Autre exemple : la prise de distance par rapport aux avertissements du clergé face à l’essor de la mode féminine qui prône le port du pantalon ou le dévoilement timide mais progressif du corps féminin!

Ce qui transparaît le plus et qui inspire, ce sont les valeurs éducatives transmises par les parents de Mary qui resteront tout au long de sa vie et qui seront transmises, par elle, à son tour. En voici quelques exemples.

– N’oublie jamais d’où tu viens et qui tu es.

– Dans la vie, il faut apprivoiser l’inconnu et se laisser apprivoiser.

– L’instruction t’apporte des connaissances mais une bonne éducation t’enseigne le respect mutuel.

– Il ne faut pas juger les autres d’après leur apparence. Il y a toujours une blessure, une crainte, une peur quelconque qui se cache derrière la carcasse.

– Le soleil se cache toujours derrière les nuages les plus sombres.

– Il faut des nuages pour que tombe la pluie. Il faut de la pluie pour que poussent les fleurs.

– Tu récoltes ce que tu sèmes. Si tu craches en l’air, ça te retombe sur le nez. Vaut mieux lancer des fleurs dans les airs. Laisse ton pot par terre si tu ne veux pas l’avoir sur la tête.

Et ainsi de suite. De la belle sagesse et d’une grande humanité!

De lecture facile, on entre dans l’univers de cette femme heureuse malgré les vicissitudes de la vie et dont la mission choisie était de faire rire et de rendre les autres heureux. Elle est morte dans la mi-quarantaine d’un cancer incurable avant la moitié du 20e siècle qui verra l’émancipation des femmes évoluer grandemen

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2 commentaires sur “La Bolduc”

  1. Bonjour!
    je suis l’auteure de ce roman historique. Je suis tombée par hasard sur cette page qui m’émeut beaucoup! Merci au nom de cette grande dame du Québec pour cette belle publicité!
    Marie Louise Monast

    #51
    • Roger Clavet

      Bonjour Madame Monast.

      Je n’ai pas encore lu votre livre, mais je vais tout de suite me le procurer. Êtes-vous présente au Salon du livre de Montréal ? Si oui, je tenterai de vous y rencontrer.

      Je suis fascinée par le personnage de La Bolduc. J’aimerais la connaître davantage. J’aimerais même en faire le sujet de ma prochaine pièce de théâtre.

      En 2011, j’ai écrit la comédie « Baptême d’erreur », jouée à Grande-Rivière,en Gaspésie (terre nalale de la Bolduc) à l’occasion du 150e anniversaire de fondation de cette ville.

      J’aimerais beaucoup vous rencontrer et échanger avec vous au sujet de Mary Travers. Je tiens absolument à garder vivante la mémoire de ce grand personne de notre histoire.

      Il se peut même que je me laisse tenter par l’aventure de relancer le site de La Bolduc, à Newport…

      Je me rends d’ailleurs cette semaine en Gaspésie (ce jeudi 15 novembre 2012) et j’arrêterai sans doute en chemin à Newport me recueillir un peu en pensant à cette grande dame de chez nous.

      Au plaisir et de vous rencontrer.

      Roger Clavet

      450 812-6650
      514 816-1712 cell.

      parolier@yahoo.com

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