J'ai lu pour vous

« La solitude. Malheur ou chance?

D. Bellefleur Raymond

D. Bellefleur Raymond

Voici un petit livre qui rejoindra sans doute la situation de nombre de personnes. Marie-Thérèse Nadeau, CND et professeure au Collège universitaire dominicain à Ottawa nous livre une réflexion éclairante sur cette situation. Son livre publié chez Médiaspaul en 2013 s’intitule La solitude. Malheur ou chance? Déjà le titre nous fait sentir la complexité et l’ambivalence de cette réalité.

Se peut-il que, dans une société où les moyens de communication et la possibilité de relations sont si diversifiés et si disponibles, tant de personnes de tout âge et de tout niveau social, souffrent de solitude? Suite à cette constatation, Mme Nadeau s’emploie à préciser ce qu’il faut entendre par solitude.

Il y a, selon elle, une solitude imposée de l’extérieur que ce soit par l’environnement dans son milieu de vie ou par les conditions changeantes de son existence, et elle est ressentie comme négative, tantôt comme un malheur, un enfermement, tantôt comme une coupure, un abandon. Cette solitude imposée est en réalité ce qu’on devrait appeler esseulement ou isolement. Ce vide, ce manque peut parfois amener vers la fuite de quelque chose dont on a peur, qu’on ne veut pas affronter et qui conduit au renfermement sur soi, parfois à la dépréciation de soi et toujours à une souffrance psychique.

Il y a aussi une solitude choisie, acceptée en toute liberté, à laquelle l’on consent progressivement car on en éprouve le besoin, au milieu de la dispersion et de l’encombrement de nos vies. On sait qu’elle est indispensable pour entrer en soi, arriver à bien se connaître, à mieux se posséder et non à se laisser posséder. Elle est indispensable au développement de l’être, à l’invitation spirituelle à devenir qui l’on est appelé à être. Elle permet l’individualité. Elle est donc positive. Bizarrement, elle est aussi indispensable à l’entrée en communion avec les autres car la rencontre avec autrui est toujours la rencontre entre deux mystères, entre deux solitudes qui se respectent et s’entraident dans le développement de leur originalité. La solitude positive peut se vivre partout, même au sein d’une foule ou d’un groupe, car c’est la solitude du cœur et de l’esprit qui est recherchée et non l’absence de présences. Elle est foncièrement une ouverture de soi et elle va vers… plutôt que contre…

Mme Nadeau signale aussi la solitude originelle dans laquelle tout être humain baigne dès sa naissance et qu’il ressent tout au long de sa vie lorsque, par exemple, il doit choisir une orientation de vie ou résoudre un problème moral, et encore plus profondément quand il se retrouve seul face à sa fin de vie, à sa destinée mortelle. Ce type de solitude n’est jamais humainement comblé.

Mme Nadeau signale que nombre de personnes ont choisi comme projet de vie de vivre dans la solitude positive, de développer l’aspect spirituel de leur être qui permet de vivre à la verticale, et non seulement à l’horizontale, d’entrer en relation avec le Tout-Autre, une présence qui, habituellement illumine. (p. 114)

Son livre se termine par le visage du Christ qui a comme tous les humains été aux prises avec la solitude subie mais aussi avec la solitude choisie et la solitude foncière au genre humain. La solitude du Christ pourrait nous aider à réaliser que Dieu n’est jamais loin de nous, même quand on a l’impression qu’il ne s’occupe pas de nous, qu’il est indifférent à ce que l’on vit, qu’il n’est pas sensible à nos requêtes, qu’il demeure silencieux, alors qu’on cherche à l’aimer de tout son cœur. Chose certaine, (citant Jacques Guillet) le mystère de Jésus en croix, c’est qu’il est à la fois réellement abandonné de son Père et parfaitement uni à lui : la solitude la plus atroce coïncide avec l’intimité totale, l’absence de Dieu avec sa rencontre immédiate dans l’amour. p. 130

Bref, ce livre est facile d’accès et éclairant pour qui souffre d’isolement et voudrait le transformer en solitude.

Denise Bellefleur-Raymond

 

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