L’appel de « Laudato Si' »

BeauchampAndréLe 3 avril 2016, M. André Beauchamp était invité à présenter et commenter la lettre du pape François sur l’environnement Laudato Si’. Vous trouverez ici le document qu’il nous a remis à l’issue de son entretien. La première partie contient une énumération des points de l’encyclique que M. Beauchamp a touchés dans son exposé. Les numéros mis entre parenthèses renvoient à ceux des paragraphes de l’édition officielle.

A. Résumé, pas à pas, de l’encyclique Laudato Si’

Le préambule

Sœur terre est dévastée (no 2).

Le rappel des autres papes : Jean XXIII (no 3), Paul VI (no 4) , Jean-Paul II (no 5), Benoît XVI (no 6).

Coup de chapeau au patriarche Bartholomée (no 8).  Saint-François (nos 10-12).

La lettre du pape s’inscrit dans l’enseignement social (no 15-16).

  1. Ce qui se passe dans notre maison

Diagnostic courant à partir de la souffrance des gens concernés.

Pollution, déchets (no 20-21).  Absence de modèle circulaire (no 22).

Climat : réchauffement (no 23); cycle du carbone (no 24); effets sur les pauvres (no 25).

Eau; l’eau potable; qualité de l’eau disponible (no 29); le droit à l’eau (no 30); menace du contrôle de l’eau par les grandes entreprises (no 31).

Biodiversité : le phénomène (no 32-35); nécessité d’un regard global au-delà du court terme et du profit immédiat (no 36); les zones fragiles : Amazonie, bassin du Congo, les zones humides, les océans (no 37-42)

Dégradation de la vie humaine et dégradation sociale (croissance des villes (no 44), perte d’espaces publics (no 45), dégradations sociales (no 46), hypercommunication/ perte de contact humain (no 47).

Inégalités planétaires : « l’environnement et l’environnement naturel se dégradent ensemble » (no 48); oubli des exclus : clameur de la terre = clameur des pauvres (no 49); le problème du partage est plus important que la réduction de la natalité (no 50); la dette écologique (no 51) et les responsabilités diversifiées (no 52).

Faiblesse des réactions surtout politiques. Échec des sommets mondiaux sur l’environnement (no 54). Risque de nouvelles guerres déguisées en  revendications nobles (no 57).  Des progrès sont possibles (no 58).  Tentation de l’évasion (no 59).  Il n’y a pas de solutions simples (no 60) et l’Église doit favoriser un débat honnête (no 61).

2. L’évangile de la création

Nécessité d’associer science et foi (62) et d’avoir recours aux richesses culturelles des peuples (no 63).

La sagesse des écrits bibliques.  La bonté de la création, la dignité de chaque personne (no 65). Le caractère relationnel de l’être humain (no 66). Cultiver et garder (no 67).  Obligation de respect envers la nature (no 68).  Valeur intrinsèque de toute chose (no 69).  Petit excursus biblique (no 70 -74). Importance d’une spiritualité de la création pour tempérer l’anthropocentrisme (no 75).

Le mystère de l’univers : un univers créé et donné (no 76-77); une nature démystifiée (no 78), un système ouvert aux autres systèmes et à la transcendance (79); une création ouverte à la collaboration humaine (no 80); un monde évolutif et en développement (no 81);  la valeur intrinsèque des vivants 82), l’ouverture finale à Dieu (no 83 avec référence à Teilhard).

Le message de chaque créature : l’univers est un langage, le livre de la nature (no 85), la beauté de l’ensemble (no 86).  Le Cantique de François.

Une communion universelle :

  • Le bio-centrisme contre la dignité humaine (no 90-92);
  • La destination universelle des biens/ l’environnement un bien collectif de toute l’humanité (no 93-95)
  • Le regard de Jésus (Mt 13, 31-32; Lc 12,6). Le Christ Logos, clé de voûte de la création (no 98 – 100).

3. La racine humaine de la crise écologique

Le pouvoir technologique nous met à la croisée des chemins (no 101).

Analyse rapide de la techno (no 102-103) : elle représente aussi un risque (no 104).

Tout accroissement de puissance est-il un progrès? (105)

La globalisation du paradigme technocratique : technologie pour elle-même/unidimensionnalité /prévalence sur l’économie et la politique; spécialisation et fragmentation, perte du sens de la globalité (no 106-111)

Poser un regard différent (no 112); « nous ne renonçons pas à nous  interroger sur les fins et sur le sens de toute chose » (no 113).  Nécessité d’une révolution culturelle courageuse (no 114).

L’anthropocentrisme moderne a mis la raison technique au-dessus de la réalité (no 115).  Nous sommes dans la démesure anthropocentrique (no 116-117) qui instrumentalise la nature et l’être humain.  « Il n’y a pas d’écologie sans anthropologie adéquate » (no 118).  Cela suppose aussi une ouverture à l’autre, à Dieu et à toute personne humaine.  D’où le refus de l’avortement (no 119-121).

La culture du relativisme est une pathologie (no 123)/ nécessité de    préserver le travail (no 124-125) : l’exemple du monachisme (no 126); « il est impérieux de promouvoir une économie qui favorise la diversité productive et la créativité entrepreneuriale » (no 129)

L’innovation biologique et les mutations génétiques : nécessité d’une considération éthique et sociale (no  132-136)

4. Une écologie intégrale

Une seule crise : socio-environnementale (no 139). Nécessité d’études d’impact préalables : « donner aux chercheurs un rôle prépondérant et (de) faciliter leur interaction dans une grande liberté académique » (no 140). Tout est lié, économie, nature et société (no 141-142)

L’écologie culturelle/ attention aux aborigènes (no 143-146)

L’écologie de la vie quotidienne : cadre de vie (no 147), créativité et générosité des personnes (no 148), l’amour plus fort que l’anonymat social (no 149), corrélation espace et conduite humaine (no 150), lieux publics et cadre visuel (151), logement (152) et transport public (153), environnement et relation au corps (no 155).

Le principe du bien commun impliquant l’option préférentielle pour les plus pauvres (no 156-158).

La justice entre les générations : intergénérationnelle et intragénérationelle (no 159- 162)

5. Quelques lignes d’orientation et d’action

La planète est une maison commune. « L’interdépendance nous oblige à penser à un monde unique, à un projet commun » (no 164).  L’exemple de l’énergie fossile (no 165)

Le dialogue sur l’environnement dans la politique internationale (Stockholm, Rio, Convention de Bale, Convention de Vienne, protocole de Montréal), échec de Rio + 20 – urgence de nouvelles ententes (no 166 -168): des pays « mettent leurs intérêts nationaux au-dessus du bien commun général » (no 169).  Il y a des responsabilités communes mais différenciées : exemple de la Bolivie (no 170).  Le marché du carbone? (no 171).  Nécessité de soutenir les pays pauvres (no 172) et d’accords internationaux contraignants (no 173).  La gestion des océans (no 174) Nécessité d’une autorité mondial. « Le XXI e siècle, alors qu’il maintient un système de gouvernement propre aux époques passées, est le théâtre d’un affaiblissement du pouvoir des États nationaux » (no 175).  « (…) planifier, coordonner, veiller et sanctionner sont des fonctions impératives de chaque État » (no 177). Nécessité de la continuité (no 181)

Le dialogue de transparence dans les processus de prise de décision; les exigences d’une étude d’impact (no 183).  Éviter de s’enfermer dans le court terme (no 184).  Le principe de précaution et l’inversion de la charge de la preuve (no 186).

Politique et économie en dialogue : la politique ne doit pas être soumise à l’économie (no 189).  L’économie n’est pas capable d’intégrer certaines dimensions de l’environnement (no 190).  Il faut accepter d’envisager la décroissance dans quelques parties du monde (no 193).  Il faut convertir le modèle de développement global (no 194) et dépasser le principe de la maximisation du gain (no 195).  « On ne peut pas justifier une économie sans politique » (no 196).  La politique doit s’élargir et rompre la logique perverse (no 197).

Les religions dans le dialogue avec les sciences.  Dépasser le cadre fermé des sciences empiriques (no 199 : renvoi à Ali al-Khawwaq).  Nécessité du dialogue des religions entre elles, des religions avec la science et du dialogue entre les mouvements écologistes (no 201).

6. Éducation et spiritualités écologiques

Miser sur un autre style de vie (« le consumérisme obsessif est le reflet subjectif du paradigme techno-économique » no 203)

Sentiment de précarité et d’insécurité.  « Quand les personnes (…) s’isolent (…) elles accroissent leur voracité » (no 204). Plus le cœur se vide, plus augmente la soif de consommer.  Mais « tout n’est pas perdu » (no 205).  Un changement dans les styles de vie peut amener un changement plus large (no 206).  Coup de chapeau à la Charte de la Terre (no 207).

Éducation pour l’alliance entre l’humanité et l’environnement.  Le défi éducatif de changer la conscience (no 209).  Il faut informer mais aussi aller plus loin (no 210-212). Diversité des milieux éducatifs (no 213). L’Église aussi a son rôle à jouer  (no 214).  Importance de la dimension esthétique (no 215).

La conversion écologique. Nécessité d’une vision mystique (no 216).  Nécessité d’une conversion écologique (no 217) :l’exemple de François (no 218).  Dimension communautaire de la conversion (no 219).  Importance de la gratitude et de la gratuité (no 220).  Accueillir le fait d’être créé par Dieu (no 221)

Joie et paix (moins est plus no 222).  La vertu traditionnelle de la sobriété, humble et heureuse (no 223-225).  Dire les grâces avant et après les repas (no 227)

Amour civil et politique : l’importance de l’amour et d’une culture de la protection (no 228- 232)

Mystique de contemplation : référence à Saint Jean de la Croix (no 234).  Les sacrements (no 235), l’eucharistie (no 236), le dimanche  (no 237).

La Trinité comme image et modèle de relations (no 238-240)

Élévation mariale (241-242)

Au-delà du soleil (243), marchons en chantant (no 244).

Deux  prières de conclusion (246).

* * * * * *

La deuxième partie du document remis par M. Beauchamp énumère les 4 défis qu’il a a retenus de l’encyclique et qu’il a proposés en conclusion de son entretien.

B. Quatre défis

  1. Élaborer une pensée politique globale axée sur la prévention, la prudence, le respect des pauvres. Mettre cette pensée en action dans le respect de chaque groupe-institution. Défi politique.
  2. Changer son style de vie : sobriété, décroissance, analyse de chaque geste (chauffage, transport, alimentation, voyage, recyclage etc). Défi éthique.
  3. Construire une spiritualité de l’environnement : mystique de la création/ dimanche et passivité (sabbat)/ fête / théologie de la beauté. Défi spirituel.
  4. Dépasser le paradigme technocratique. Défi culturel.

André Beauchamp
à Chemins de vie
3 avril 2016

Encouragez-nous et faites un don dès aujourd'hui !faire un don