Mourir jeune à cent ans

Benoît LacroixHier, on annonçait le décès du célèbre centenaire dominicain Benoît Lacroix. Une journaliste du Devoir écrit ce matin : « Ses yeux bleus pétillants, son sourire lumineux, sa faculté de remettre en question le long règne et les excès du clergé au Québec lui avaient attiré le respect et l’amour collectifs. En cette ère de laïcité triomphante, ce dominicain aura presque fait goûter l’Église aux Québécois les plus réfractaires, rare prêtre à avoir autant investi l’espace public en abordant la spiritualité avec humour, ouverture d’esprit et humanisme… » Les commentateurs le notent : il était un des rares ecclésiastiques à pouvoir, dans les média, parler de façon crédible à un large public de la foi et de la religion. Ainsi, de 1987 à 2010, c’est à lui que Le Devoir proposait le défi redoutable d’écrire les éditoriaux de Pâques et de Noël.
Alain Crevier, qui l’a interviewé plusieurs fois pour l’émission « Second Regard », se demande : « Qui prendra la parole désormais ? » En effet, le Père avait l’écoute du public. Pourquoi les Québécois l’écoutaient-ils, lui ? À cause de son charme, de son ouverture, de son maniement habile de la parole, bien sûr. Mais, aussi et c’est sans doute le plus important, à cause de son approche bien particulière de la réalité spirituelle.
Pour lui, la spiritualité n’est pas à côté de la vie (on ne doit pas la cantonner dans les rites sacrés), ou au-dessus de la vie (elle n’est pas réservée pour l’au-delà), mais dans la vie, la vraie vie que vivent les gens. C’est pourquoi, plus que de doctrine religieuse, il parlait des réalités concrètes : la nature qu’il a connue à Bellechasse, la terre, le temps, les saisons de l’année, les saisons de la vie humaine. Le temps était important pour l’historien qu’il était, le temps avec sa durée et sa lenteur. Il aimait son pays, la langue française, la poésie, la science, les livres, le tennis, l’enseignement … Surtout, il aimait les personnes : son père, sa mère, sa famille, les enfants, les jeunes, les hommes, les femmes … Lors d’une rencontre à l’émission 24/60, Anne-Marie Dussault lui faisait part de sa surprise : « On croirait que vous recevez votre foi des personnes … » Et le Père Lacroix de répliquer : « Et pourquoi pas ? »
Pour lui, la vie spirituelle, c’était la vie réelle, mais large, généreuse, ouverte sur une transcendance, sur l’éternel. La vie vécue avec foi, espérance et amour.
Le Père Lacroix nous parlait de la vie, de notre vie, avec sa beauté et sa valeur profonde. Il en parlait avec tendresse et ferveur, de façon belle et poétique. C’est pourquoi nous l’écoutions volontiers.
Visiblement, cette vision de la vie spirituelle rejoint davantage nos contemporains.

Clément Farly
3 mars 2016

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Un commentaire sur “Mourir jeune à cent ans”

  1. Céline Yelle

    Quel beau texte , Clément.
    Merci pour cette interprétation du spirituel tel que vécu par une personne dans son histoire!
    Et en plus tu nous « ramasses » le contenu de plusieurs témoignages exprimés à l’occasion du décès du P. Lacroix.
    « Une chance qu’on t’a » …
    Céline

    #911