Normand Provencher : « Vers l’Église de demain »

Provencher NormandNormand Provencher est théologien, professeur à l’Université Saint-Paul d’Ottawa. Le 23 mars 2014, il a donné à Chemins de vie une conférence remarquable sur l’avenir de l’Église. « Une certaine manière d’être Église est en train de mourir …. Mais ce n’est pas sa fin, car une autre Église est en train de germer et de naître… »

 

 VERS L’ÉGLISE DE DEMAIN

« Une maison en rénovation peut ressembler à une maison en démolition ».

Résumé de la conférence de Normand Provencher.
Merci à Colette Beauchemin de nous avoir permis d’utiliser ses notes pour préparer ce texte.

Introduction

Votre présence montre que vous aimez l’Église et que vous vous souciez de son état de santé et de son avenir. L’Église, c’est nous ; c’est notre famille. La réalité ecclésiale n’est pas facile à voir et à interpréter.  Une maison en rénovation ressemble tellement à une maison en démolition qu’un regard rapide peut s’y méprendre. Comment être réaliste et, en même temps, vivre dans l’espérance ? Il y a le risque d’un certain déni de la réalité. Nous sommes invités à vivre le présent avec lucidité et à préparer l’avenir qui est entre nos mains pour une large part.

I. Une Église condamnée à renaître

Dans mon livre  Trop tard ? L’avenir de l’Église d’ici (Novalis, 2002), je parlais d’une Église en phase terminale. Une certaine manière d’être Église est en train de s’écrouler et plus vite que l’on s’imaginait. C’est la fin d’un système mais pas la fin de l’Église. On assiste à l’enfantement d’une nouvelle Église, à travers l’imprévisible de Dieu. Et un enfantement est toujours difficile.

Le Pape François est un signe de cette renaissance. Avec lui, commence un printemps d’Évangile. Son exhortation « La joie de l’Évangile » pousse à la conversion  à Jésus Christ et à son évangile, et en conséquence à faire Église autrement, donc une nouvelle Église centrée sur l’Évangile.

Bien des réalités qui nous semblaient immuables sont appelées à changer. Un exemple : récemment, on m’a posé la question : « Qui, selon la grande tradition de l’Église, peut présider l’Eucharistie ? » La réponse qui vient spontanément : « Il faut absolument un prêtre. » La réponse, selon la grande tradition, n’est pas si simple. J’ai trouvé un document du 4e siècle qui dit ceci : « Là  où il y a douze chefs de famille, l’évêque vient et impose les mains à l’un d’eux désigné par la communauté. » Donc, à cette époque, là où il y avait une communauté (un minimum de douze familles), il y avait quelqu’un pour présider l’Euchartistie. Le manque de prêtres n’est pas sans solutions. Au lieu de s’acharner à prier pour les vocations, il faut peut-être essayer de discerner les signes des temps.

 II. Quatre pistes pour l’Église d’ici

La modernité et la mondialisation sont en train de changer le monde. Il ne s’agit pas de nous lamenter ; posons-nous plutôt la question : Qu’est-ce que Dieu veut nous dire ? Nous avons à apprendre à lire les signes des temps. Nous avons peut-être une piste dans cette parole très forte, très prophétique, du pape François : « Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie sur les chemins, plutôt qu’une Église malade de son enfermement et qui s’accroche confortablement à ses propres sécurités…. Plus que la peur de nous tromper, j’espère que nous avons la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous sommes tranquilles, alors qu’il y a dehors une multitude d’affamés et Jésus qui nous répète sans arrêt : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » »(La joie de l’Évangile, n. 49).

1)     Le déclin de la pratique liturgique s’accentue.

 Où sont les enfants, les adolescents, les jeunes familles, les adultes de moins de 60 ans ? Cette absence menace l’avenir des paroisses. Trop de comités sont pris en charge par les mêmes personnes. La fréquentation des sacrements diminue. Par la force des choses, l’Église est appelée à devenir une minorité, mais qui sera peut-être levain dans la pâte.

L’Église a l’occasion de devenir une communion de petites communautés. En Amérique du Sud, on a développé le modèle d’une Église communion de petites communautés mais ici on n’y arrive pas. On fusionne des paroisses mais on ne devrait pas faire disparaître des communautés chrétiennes. Un ensemble plus grand de paroisses en déclin ne fait pas nécessairement une Église plus vivante.

Nos rituels ne sont plus adaptés aux gens d’aujourd’hui. Ils ne sont pas faits avec une théologie renouvelée (par exemple, le nouveau missel romain). Les lieux de célébration sont d’un autre âge. Il est urgent de faire place à la créativité pour les habiter autrement et célébrer autrement avec un autre rythme.  Les gens ne vivent plus au rythme des dimanches.

La pastorale est trop réduite aux activités de la paroisse, notamment à la messe et aux sacrements. Il faut avoir une pastorale d’ensemble plus diversifiée, avec des paroisses, des mouvements, des réseaux, des maisons de prière, des centres d’échange, de réflexion et de partage évangélique…

Dans la baisse de la pratique, j’entends un appel de Dieu à célébrer autrement, à être Église autrement.

2)     Les prêtres, les religieux, les religieuses, et les agents de pastorale sont devenus une des espèces menacées.

 On règle le problème actuellement en fusionnant les paroisses mais ce ne peut être qu’une solution provisoire. On est loin de préparer l’avenir. Les responsabilités ne peuvent plus être données toutes au clergé.

Il est nécessaire de revoir en profondeur les conditions d’accès au presbytérat ainsi que le  rôle des prêtres, des laïcs, de la paroisse. On doit retourner à l’inspiration des origines et être novateurs.

3)     Redécouvrir le cœur de l’Évangile

 En un sens, après 20 siècles, l’héritage doctrinal est trop « riche » et le cœur de l’Évangile est comme écrasé par trop d’idées, où se mêlent l’accessoire et le secondaire. (Un exemple. Le Catéchisme de l’Église catholique et Youcat que l’on veut remettre au premier plan et qui risquent de nous faire perdre le cœur de l’Évangile. C’est excellent, mais c’est trop). Il faut se centrer sur l’essentiel et faire entendre la Bonne Nouvelle de ce Dieu qui, en Jésus, s’est fait proche des humains. L’Église est responsable de l’image de Dieu. Comment présenter un Dieu désirable ?

L’Église est appelée à devenir plus spirituelle et plus mystique en favorisant l’intériorité, la quête de Dieu. Les gens sont en quête d’intériorité et de profondeur. Il s’agit de christianiser cette quête. Il y a beaucoup d’avenir de ce côté là.

4)     L’Église est de moins en moins crédible

Nous vivons à l’époque des mass-medias. Parce que François est un homme du geste, sa parole est entendue. Aujourd’hui, il est facile de zapper ; il ne faut donc pas s’étendre en paroles superflues. Ici, au Québec, les gens sont allergiques au religieux. Les jeunes et les moins jeunes n’ont plus le sentiment d’appartenance.

Les positions de l’Église au niveau de l’éthique, de la sexualité, des divorcés-remariés, etc. ne sont pas acceptées et un fossé s’est créé entre l’enseignement officiel de l’Église et les options de vie des gens. Un enseignement donné d’en haut ne passe plus. La modernité accepte ce qu’on a cherché ensemble et dont on a convenu ensemble.

Comment créer le sens de l’appartenance ? Pour cela, il faut écouter les fidèles. Saint Paulin de Nole (vers 400) disait : « Soyons suspendus à la bouche de tous les fidèles, car en tout fidèle souffle l’Esprit de Dieu. »

Il faut inventer des lieux de discussion, d’échanges et d’intériorité.  Il faut développer une Église de la question et de l’écoute et ne pas avoir peur des débats.

             Conclusion 

Il ne sert à rien de vouloir maintenir en vie l’Église qu’on a connue et aimée. Ce serait de l’acharnement thérapeutique. Il vaut mieux la laisser mourir pour que naisse une autre Église, en repartant de l’Évangile.

Voici des exemples de questions à aborder à nouveaux frais :

–        L’accès à la prêtrise pour les femmes. Actuellement, cet accès leur est refusé parce que, dit-on, seul un homme peut représenter le Christ. Cet argument ne tient pas car il s’agit de représenter le Christ ressuscité. Or le Ressuscité est au-delà de toute distinction sexuelle.

–        L’accès aux sacrements pour les divorcés-remariés.

–        La célébration de l’Eucharistie dans les petites communautés.

 L’avenir se dessine du côté des petites communautés de styles différents, des communautés avec des vocations diverses selon qu’elles mettent l’accent sur la célébration de l’Eucharistie, ou la prière, ou l’étude de la bible, ou l’engagement social, ou l’aide de personnes avec un besoin particulier (personnes âgées, enfants qui ont de la difficulté à l’école, etc.). Cette Église sera une communion de communautés dont certaines n’auront peut-être l’Eucharistie que 3 ou 4 fois par année.

Il nous faut mettre en œuvre une pastorale d’engendrement qui accepte de donner naissance à du différent de soi. C’est l’art d’être parents. Les parents engendrent des enfants, à la fois semblables à eux et différents d’eux. Dans l’Église, on a une pratique du clonage ; on veut engendrer des pareils. Il faut éviter le clonage, inacceptable dans la modernité.

Pas seulement pour répondre à la modernité et être d’aujourd’hui, mais pour être fidèles à Dieu qui nous parle par ces situations.

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Un commentaire sur “Normand Provencher : « Vers l’Église de demain »”

  1. Gilles Nadon

    UNE BRÈCHE D’OUVERTURE POUR UNE NOUVELLE ÉGLISE.
    Permettez-moi de partager avec vous cette expérience qui m’a le plus étonné. C’est l’écoute de la conférence de monsieur Normand Provencher en mars dernier à Chemins de vie, qui m’a ouvert les yeux et l’esprit.
    De plus en plus on entend parler du manque de prêtres dans notre Église Catholique; ce qui est vrai, mais si on essayait de voir la situation différemment.
    Depuis un certain temps nous voyons émerger de petits groupes de personnes se réunissant pour entendre et échanger sur la Parole et lorsqu’un prêtre est disponible, il y a l’eucharistie. Mais voilà que lors de cette conférence, monsieur Provencher nous parle des premiers chrétiens. Il nous dit qu’en ces temps là, il n’y avait pas de prêtres mais après la transmission du message de Jésus par les apôtres, ce sont les chefs de familles, homme ou femme, qui faisaient comme Jésus en offrant le pain et le vin……et justement ce sont eux les premiers prêtres après les apôtres. Ils faisaient comme Jésus a dit  » faites cela en mémoire de moi « . Alors pourquoi ne faisons nous pas, tout comme eux, mémoire à Jésus Celui qui nous a sauvé?
    Suite à cette conférence je ne vivrai plus jamais la messe de la même façon alors que je peux moi aussi « faire en mémoire de Jésus ». J’ai le goût, sans me prendre pour un prêtre, de faire Église autrement. C’était les chefs de famille qui parlaient des Écritures Saintes. Ils partaient et osaient. Serons-nous comme ces chefs de famille ? Oserons-nous faire Église autrement ?
    Bonne réflexion,
    Gilles Nadon
    P.S. Merci à Chemins de vie d’avoir invité M. Provencher.

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