Risquer de plonger en soi

Pour décrire ce que vivent les personnes qui acceptent de plonger en soi lorsque leur est proposée une expérience d’écriture spontanée ou toute autre activité de créativité, il m’est venu l’image du cenote.

Un cenote, tel que j’en ai visité lors d’un récent voyage dans la péninsule du Yucatan au Mexique, est une de ces quelques deux cents grottes formées dans le secteur, il y a plusieurs millions d’années, lors de l’impact d’un météorite avec la terre. Il s’est produit alors un effondrement des sols et une sorte de résurgence à la surface terrestre d’eaux douces souterraines. Ces grottes ont été et sont encore pour les Mayas des sites sacrés habités par les esprits divins. On y recueille l’eau d’une pureté exceptionnelle et on y pratique des rituels traditionnels.

Parlons de l’expérience de Chemins de Vie et entrons dans la symbolique. Je laisse aux lecteurs et lectrices le soin de faire eux-mêmes les liens.

Il y a des cenotes à ciel ouvert qui ressemblent à ces lacs entourés d’une nature encore à l’état sauvage. On plonge dans les eaux cristallines sans crainte, en toute confiance. On se laisse aller au plaisir, les sens éveillés; la terre ferme est proche et le décor est saisissant. On se fond joyeusement et librement au décor ambiant. On reste à la surface des choses.

Il y a des cenotes complètement souterrains. On y descend comme on descend dans un puits. Descente hésitante, craintive. On s’accroche à l’échelle ou on s’assure de la solidité de la marche avant de s’aventurer plus à fond dans l’escalier en spirale. On suit le guide avec un peu d’appréhension mais on lui fait confiance : il sait. Lorsqu’enfin on touche la plate-forme qui nous permet d’accéder à l’eau sacrée, c’est l’extase! Quelle merveille! Un antre magique, témoin d’une histoire, d’une vie, jusqu’alors insoupçonnées. D’emblée, le silence s’impose. On plonge avec avidité dans l’eau d’un vert émeraude qui nous invite à une expérience sensorielle et spirituelle des plus intenses. Du clapotis provoqué par les baigneurs monte une musique des plus douces à l’oreille. On s’y sent bien. On voudrait y rester.

Il y a des cenotes à la fois ouverts et souterrains. On y pénètre avec curiosité. À chaque détour, une surprise nous attend; on s’exclame de la beauté des lieux. La vie prend des allures étranges, fantomatiques. Les eaux grouillent de poissons qui viennent nous chatouiller les chevilles. On avance dans les entrailles de la terre à la fois fébrile et anxieux. Le guide est là, sa présence rassure. On s’aventure dans un passage exigu qui ouvre sur une véritable chapelle où stalactites se jouent des stalagmites. Et cette eau pure qui attire et invite à plonger dans l’abandon et dans la plénitude! On s’y risque et on communie à soi, aux autres, au cosmos et à Dieu. Dans les eaux, parfois on touche le fond mais parfois il nous échappe jusqu’à des profondeurs d’une vingtaine de mètres. Tout à coup, c’est l’obscurité totale : l’électricité qui alimente les quelques lampes posées ça et là a été coupée. Le souffle court, on ressent pour un instant l’oppression mais elle se meut doucement en un sentiment apaisant de fusion chaleureuse à tout ce qui nous entoure. On n’existe plus. On est entré dans le mystère. Expérience initiatique. Expérience mystique.

En tant qu’animatrice d’un atelier de lecture, je me vois comme le gardien d’un cenote, comme le guide qui invite à entrer, à plonger et à s’abandonner. J’accueille, un peu comme Jésus au retour de mission des apôtres, les expériences vécues, les sentiments et émotions éprouvés, les découvertes. Ensemble, nous louons et rendons grâces.

Je me sens privilégiée parce que je reçois beaucoup : des éclats de rire, des remerciements, des réflexions et questionnements qui me nourrissent, des témoignages de foi, des échos d’une vie spirituelle parfois riche et profonde. J’ai la chance de boire à la source d’eau vive qui jamais ne se tarit.

Yvonne Demers

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